Projet de modélisation

La modélisation se conçoit à travers un objectif (un projet de modélisation) et en fonction de la vue particulière qu'a le modélisateur de son objet d'étude (Le Fur, 1995b, suivant Le Moigne (1990)).


Le problème à résoudre relève d’une démarche systémique (le secteur halieutique est considéré comme un système). Cette approche implique en préalable la définition de la nature et des limites du système à étudier. Pour ce faire, le secteur halieutique est défini selon plusieurs perceptions complémentaires qui la mettent en perspective. L’ensemble fournit le contexte dans lequel se développera l’étude. Les modèles retenus sont, par degré d’abstraction décroissant :

conceptuel : le secteur halieutique est un système identifiable, dynamique, structuré dans l'espace où les acteurs humains tiennent un rôle prépondérant (Chaboud et al., 1996). Le rôle des acteurs a été souligné dans la déclaration de Rio sur le développement durable (principe 22) ; leur réponse au changement, leur diversité, constituent un des moteurs de la dynamique et de l’adaptabilité d’une exploitation (Le Fur, 1995a).

fonctionnel : l'exploitation est assimilée à une entreprise dont le rôle est d’extraire les ressources marines et de les mettre à disposition des consommateurs. Selon cette perception, lexploitation est le compartiment central, soumis à une entrée et une sortie. En termes fonctionnels, le système productif doit assurer une fonction (satisfaire la demande sans compromettre la ressource). L’objectif global qui en découle est de s’assurer du maintien dans le temps de cette fonction. Pour y parvenir, il faut décrire selon quels termes et avec quels moyens le système productif accomplit cette fonction.

structurel : le secteur halieutique est assimilé à un ensemble de réseau interconnectés reliant ses éléments constitutifs (Le Fur, 1994). Chaque réseau est caractérisé par le type de flux qui y circule. Quatre flux sont supposés nécessaires et suffisants pour représenter et étudier le fonctionnement du secteur halieutique : les flux de ressource, de monnaie, de personnes et d’information. Chaque type de matière est ainsi impliqué dans un réseau qui lui est propre. Les réseaux s’interconnectent les uns aux autres en des points où la matière est convertie ou échangée (ex: ressource en argent). Les flux de ressource et de monnaie représentent ce sur quoi porte le secteur halieutique, les flux de personnes et d’information représentent comment fonctionne le secteur halieutique.

distribué : selon ce point de vue, le secteur est appréhendé comme un ensemble d'entités semi-autonomes en interaction. La dynamique s'exprime comme le résultat de fonctionnalités exprimées à différents niveaux, du local au global. Selon cette approche, il importe de prendre en compte chacune des composantes susceptibles d’avoir une influence ou d’être impliqué dans les flux du secteur halieutique. En terme de modélisation, il importe en outre de préciser à quel niveau on se placera (i) pour formaliser le système (ii) pour étudier le système simulé (granularité).

La figure ci-dessous présente le système au niveau (ii). Chaque élément de cet ensemble devra être abordé, spécifié et combiné par le projet. L'ensemble représenté sur la figure est le secteur halieutique, objet de l'étude. Ce modèle est identique dans son esprit à celui présenté en 1977 dans Fonteneau et Champagnat

    1. Limites du système

Dans ce contexte, les limites du domaine étudié sont définies par le croisement de deux définitions :

  1. Le système étudié rassemble toutes les composantes du secteur halieutique sur lesquelles la Guinée peut agir.

  2. Il se restreint aux seules composantes en relation directe avec les flux de produits halieutiques et de devises qui leurs sont associés.

Sont ainsi exclus du système étudié le marché international, les fluctuations environnementales. Ces composantes sont considérées comme extérieures au système (externalités) c’est à dire que les sorties et entrées de et vers ces composants seront pris en compte (ex : par des fichiers de données quantitatives sur les cours des marchés ou les fluctuations climatiques) mais non formalisées.

En première approximation, les composants de la pêche qui devront être pris en compte ou au moins considérés sont :

  1. La dynamique écologique (biodiversité, capacité de charge) de la ZEE guinéenne,
  2. La dynamique de la ressource et son potentiel de développement (effectifs, tailles) au sein des divers environnements,
  3. La fonction d’extraction de la ressource, considérée comme l’interface entre nature et exploitation. Les composantes techniques et humaines, temporelles et spatiales de cette fonction d’extraction devront être considérées. Les modalités de l’accès seront aussi caractérisées en vue d’en rendre compte dans la modélisation.
  4. Les centres de débarquement, en tant qu’environnement social et lieu de rencontre entre pêche et commercialisation.
  5. Les entreprises de commercialisation, leur type et leur mode de fonctionnement,
  6. L’administration en tant que composante multifonctions (établissement de cadres légaux, mise en application des normes) et les normes en tant que contraintes imposées aux système.
  7. Les sources de devises dont les flux entrant et sortant devront être considérés.
  8. La recherche et les institutions d’appui en tant que productrices d’informations exclusives. Plus généralement les nombreuses et différentes institutions qui gravitent autour, ou sont impliquées dans la dynamique du secteur halieutique telles que les instituts de recherche et d'expertise.